Un cinéma des passages, les fantasmagories du cinéma de Jacques Demy

Alain Naze

À l’origine de ce texte, il y a le constat que les lieux propres au cinéma de Jacques Demy entretiennent une indéniable proximité avec ceux que privilégie le livre inachevé de Walter Benjamin, Paris, capitale du 19e siècle  – en l’occurrence, c’est le passage Pommeraye, situé dans la ville de naissance du cinéaste, qui retiendra toute notre attention. À partir de l’idée selon laquelle les passages urbains et le cinéma constituent deux formes spécifiques d’appareillage de notre perception, il s’agit alors d’interroger les rapports, évoluant à travers l’œuvre, qui se développent entre ces deux formes d’appareil, sur le fond de cette communauté perceptive des spectateurs d’architecture et de cinéma, que signalait Benjamin. On verra que les interventions du passage Pommeraye, dans les films de Jacques Demy, se révèlent probablement les plus intéressantes lorsque la caméra, n’en faisant pas un élément de décor, parvient à en révéler toute la matérialité – et ce, d’autant mieux que le cinéaste parviendra, paradoxalement, à mortifier ce lieu. En cela, Demy renouvellerait, sur le plan cinématographique cette fois, la pratique de l’allégoriste, telle que Benjamin l’envisageait, tout en prolongeant les analyses de Kracauer quant aux rapports entre cinéma et matérialité.

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