Quels enjeux ?

Dessin passage



 

UN ENJEU POUR LES MOBILITES DANS TOUTES LES VILLES DU MONDE 

Faciliter les transitions

Dans un contexte de croissance urbaine, les individus sont appelés à se déplacer sur de longues distances, pour des motifs variés et vers des destinations diverses, en utilisant une palette de plus en plus large de modes de transport, avec des ruptures de vitesse, de modes, de moyens. La question du passage comme raccourci, espace de transition, parcours privilégié, devient un enjeu crucial pour faciliter l’accès aux différentes aménités urbaines. Les  citadins sont demandeurs de davantage de qualité, d’attention aux parcours individuels, d’intensité, d’urbanité, de vitesse et d’accès à la grande métropole aussi bien que de lenteur et de qualité dans la proximité.

Un maillon essentiel pour l’accès à la ville

Pourtant, alors que les mobilités se complexifient, les réseaux de transport existants ont souvent été pensés indépendamment  les uns des autres. Or l’usager jugera de la qualité de son déplacement – en termes d’efficacité, de confort, de sécurité et de qualité urbaine - en fonction du trajet entier. Le passage apparaît alors comme le maillon manquant qui permet de passer, tant bien que mal, d’un réseau  de transport à l’autre, garant de la réussite globale du système de mobilité urbaine. 

Franchir les barrières

Les passages servent dans certains cas à franchir des obstacles. L’urbanisme de zonage, la monofonctionnalité des grandes infrastructures (grandes autoroutes, voies réservées, chemins de fer, couloirs du BRT) ont contribué à créer de nouvelles frontières, parfois infranchissables. Ce qui était conçu à l’origine pour relier constitue aujourd’hui une séparation, un frein à la mobilité des individus, qui doivent parfois inventer des passages informels et souvent dangereux pour se déplacer.

La micro-intervention aux effets (presque) immédiats

Au-delà des interventions sur les grandes infrastructures, ces petits aménagements peuvent avoir un impact important et répondre à des situations d’urgence (sécurité, accessibilité, efficacité) auxquelles le temps long de la planification et les problèmes de la grande échelle  ne peuvent pas répondre. Si le concept de ville sans rupture est un mythe difficilement atteignable, les thèmes « d’agrafes urbaines », de « micro-passages », de raccourcis, peuvent être une réponse rapide et efficace à des questions urbaines universelles.

Des approches multiples 

Ce thème des passages permet d’articuler le plein et  le vide, la vitesse et  la lenteur, le mobile et l’immobile, l’esthétique et le fonctionnel, l’altérité et la sécurité, le jour et la nuit… et de repenser la hiérarchie des réseaux, notamment par rapport aux réseaux primaires, aujourd’hui trop dominants. Après la planification de zonage, les passages peuvent-ils aussi nous aider à relier la ville, à rattacher les quartiers riches aux quartiers pauvres, la périphérie au centre ?

OUVRIR LE PASSAGE A L'INTEGRATION SOCIALE

Des espaces de sociabilité

Attirer l’attention sur le  passage, c’est aussi mettre en avant la qualité urbaine de ces petits lieux, qui ne peuvent être considérés comme de simples équipements techniques. Ils ne facilitent pas seulement accès, ils rassemblent aussi. Ainsi, la qualité du passage comme espace social doit devenir l’objet d’attention particulière. Partie intégrante de la vie urbaine, il est parcouru et approprié par une multiplicité d’individus (riverains, commerçants, passants…) aux représentations, aux motifs et aux aspirations spécifiques, parfois contradictoires ou sources de conflits d’usage. Il abrite des rythmes de parcours et des temporalités différentes. Il peut faire l’objet de revendications, d’appropriations exclusives ou au contraire de rejet, de marginalisation (tag, commerce illicite, actes de vandalisme…). Même quand  le lieu n’est pas mémorable, son appropriation et ses usages témoignent d’un fort enjeu social.
Cette double entrée - de la mobilité à la sociabilité et de l’échelle globale urbaine à celle de la proximité immédiate - rend le thème des passages  d’autant plus crucial qu’il nous confronte à une problématique d’exclusion sociale. Car si la complexité des systèmes de déplacements concerne tous les habitants, ce sont avant tout les plus vulnérables socialement qui ont besoin de ces passages : ponts pour traverser les voies d’eau ou ferrées ; escalators, ascenseurs ou téléphériques pour monter les pentes escarpées de quartiers déconnectés ; raccourcis à travers des domaines impénétrables (zones industrielles, échangeurs routiers, quartiers fermés). Quelques exemples montrent cependant que l’on peut proposer des équipements de qualité pour tous (comme le téléphérique de Medellin qui, au-delà de l’objet technique, constitue un véritable projet social reliant physiquement et symboliquement les quartiers les plus pauvres au reste de la ville).

L’inconfort du passage imposé

Dans beaucoup de conurbations du monde, les passages se présentent comme des cheminements difficiles, sans alternative. Ils contribuent à rendre le déplacement inconfortable voire dangereux, au point parfois d’y renoncer. En particulier pour les catégories d’utilisateurs fragilisés par l’inconfort ou l’insécurité de ce trajet (femmes, enfants, personnes à mobilité réduite…), l’insociabilité du parcours devient un facteur d’exclusion supplémentaire. On aboutit dans le meilleur des cas à des passages de fortune, construits avec les moyens du bord, mais suivant une logique imbriquée au site. Dans le cas d’interventions « planifiées » en revanche, la soi-disant « utilité » régit à outrance. Au mieux, elle produit la banalité ; au pire l’anxiété et le désagrément. Ce qui devrait être une fête (le passage raccourci), devient un cauchemar (l’ambiance d’oppression et la peur).

Droit de passage et réappropriation publique

A l’heure de la mondialisation, les passages semblent paradoxalement se resserrer, voire se fermer au nom d’un entre-soi revendiqué à toutes les échelles. N’appartenant à personne, certains passages délaissés sont transformés en domicile collectif pour les sans-abris, ou investis pour des pratiques illicites et sont de fait marginalisés, évités. Le plus souvent, l’appropriation concerne des espaces réservés par les riverains cherchant à préserver leur microcosme en en empêchant l’accès aux individus non désirés. Le passage sera alors marqué par une barrière, une signalétique au sol, une forme décourageant la traversée. Il pourra aussi être « invisible », relevant de codes sociaux implicites.
Or la ville est au contraire le lieu de la confrontation, de l’interaction au sein de l’espace public et ne peut fonctionner comme succession de passages privatisés. Comment éviter que les passages du XXIème soient utilisés pour exclure, séparer, privatiser ?

Un espace qui provoque l’imagination

Le passage renvoie à des imaginaires de l’histoire littéraire, architecturale, urbaine et cinématographique, changeant selon les représentations des individus, des sociétés, des cultures. Pour beaucoup d’entre nous, il stimule notre imagination. En renvoyant à d’autres événements, il amplifie sa signification singulière. Ainsi, le passage n’est pas seulement un lien, il doit devenir le lieu qui colore notre voyage.